Bernard Lubat

Qu’est-ce que je fais dans un spectacle ? Qu’est-ce qu’on se sent obligé de faire quand on est le responsable de ce qui se produit sur scène ? J’essaie de déjouer les attentes. Tout en n’oubliant pas que l’artiste, ce n’est pas un curé, ni un élu de la nation, ni du cosmos. Et ce n’est pas non plus un prof. Ces idées-là ne viennent pas que de la scène ou de la musique, elles viennent aussi de l’engagement politique, de Mai 68. Ça vient d’avoir quelque chose à dire. C’est une drôle de musique que de parler et de penser. On a réduit la musique à quelque chose qui fonctionne, un truc sonore. Or ce n’est pas que ça. Les racines de ce truc sonore, c’est poétique, c’est politique, c’est poiélitique, et au fond, je ne sais toujours pas ce que c’est…


Bernard Lubat, musicien et jazzman, improvise sur scène. Il passe d’un instrument à l’autre et parfois, même souvent, parle entre les deux. Il parle, improvise des mots, relie des notes, des citations, des jeux-de-mots. Il manipule au hasard, des petits cartons noirs, écrits à l’encre blanche. Il attrape un mot, lit une ligne et divague. Prenant à contre-temps les attentes du public, il s’amuse à se prendre les pieds dans le tapis, à risquer le bide, à déplaire aussi. Le livre s’ouvre sur un texte inédit de Bernard Lubat qui revient sur son art de l’improvisation, sur ses relations entre poésie et musique. Ce texte, qui restitue toute la gouaille gasconne de Lubat, s’apparente aussi à une forme de manifeste pour une liberté poétique et musicale radicale, célébrant un rapport singulier (et acharné) au rythme. Un manifeste qui ne cherche surtout pas à faire école, à professer. Bernard Lubat y développe une réflexion exigeante sur la notion de spectacle, de société du spectacle qui tend à confondre trop souvent scène et efficacité, musique et industrie, jeux et victoires (de la musique). Il est suivi de six contributions d’artistes et d’universitaires marqués par la démarche du musicien d’Uzeste : Monique Chemillier-Gendreau, Georges Didi-Huberman, Joëlle Léandre, Maguy Marin, Olivier Neveux, Serge Pey. Qu’il s’agisse d’un article, d’une lettre ou d’un souvenir prégnant d’un moment sur scène, chacun d’entre eux nous offre un regard singulier sur cette question éminemment poétique de l’improvisation, et plus particulièrement sur l’enjeu du jazz quand il se mêle de mots.

Le livre contient, glissés dans une enveloppe au verso de la 4e de couverture, huit reproductions des « cartes » manuscrites (écrites en blanc sur papier noir) qui servent d’accroches ou de prétextes à Bernard Lubat pour improviser Musicalement parlant.

Format 17 x 24,5 cm, 64 pages
ISBN : 978-2-35439-127-0

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